Emotionnel

L'univers visuel de Morris est fort, mais très difficile à retranscrire au cinéma. D'abord, parce qu'il y a des couleurs vives qui conviennent très bien au dessin, mais qui sont très violentes à l'image. Ensuite, parce que si on transpose le monde de Morris tel qu'il est dans la BD, on ne peut pas donner de vraisemblance aux personnages et à l'histoire qu'on raconte. Il fallait donc traduire l'architecture propre à Morris et lui garder son originalité tout en faisant en sorte qu'elle corresponde au romantisme que je ressens en lisant la BD. Du coup, c'est une traduction émotionnelle de l'univers de Morris que l’on a essayé de faire.

Croque-mort

Coup de génie

Le chef-décorateur Pierre Queffelean, qui a souvent travaillé avec Jean-Jacques Annaud, avait une bonne expérience de l'Argentine. J'avais besoin d'une vérité historique et d'une vérité des matières et des textures, et je savais que c'était très important pour Annaud. Du coup, j'étais certain que j'obtiendrais ce que je voulais avec Pierre. En revanche, je ne savais pas s'il avait l'imagination que je recherchais et si on allait s'entendre sur l'univers du film. Au final, cela a été fabuleux de travailler avec lui. C'est un type d'une grande humilité et un très gros bosseur. Il a réussi à construire les décors exactement comme ils existaient sur le papier. Et vu le budget qu'il avait, c'était franchement mission impossible.

Décor récalcitrant

Le décor du Bandit Manchot était particulièrement compliqué, d'autant plus qu'il fallait qu'il résiste au vent. D'ailleurs, le pied du Bandit Manchot a été arraché à cause d'une tempête trois jours avant le tournage et il a dû être reconstruit intégralement… Ce n'était pas simple parce qu'il était essentiellement composé de polystyrène peint en couleur métal et qu'il pouvait donc s'envoler facilement. Mais nous y sommes arrivés.

Bandit Manchot

Le défi des costumes

J'avais déjà travaillé avec Olivier Bériot, chef costumier, sur Hellphone. C'est un artiste génial qui a l'habitude d'avoir les coudées franches pour créer ses costumes en un temps record. Du coup, cela a été un peu difficile pour lui d'entrer dans l'univers de Lucky Luke car c'était un travail d'extrême précision où je lui donnais énormément de consignes. A l'arrivée, ses costumes correspondent exactement à ce que je recherchais : un équilibre entre des matières d'époque patinées et des coupes qui retranscrivent l'univers de la BD.  Par exemple, pour Jesse James, même si on en a fait un type super élégant, qui porte un très beau costume trois-pièces, j'ai demandé à l'équipe de rajouter un mètre de tissu à son manteau : ce décalage avec la réalité traduit bien son côté "personnage d'opéra" et fait référence aux manteaux cache-poussière de l'époque qui protégeaient le cheval.

ChapeauTravail d'orfèvre

Tout a été réglé au millimètre. Y compris le nombre de trous dans le blouson de Luke ou la matière de son chapeau. De même, les points de couture ont été entièrement faits à la main, comme à l'époque : il n'y a jamais de points de couture droits dans le film. Pour Calamity Jane, par exemple, il fallait que les franges de son costume aient l'air artisanal et que sa tenue soit déstructurée. Son côté apparemment négligé a donc été extrêmement étudié.