ENTRETIEN AVEC JEAN DUJARDIN
Quelle a été votre première impression en découvrant le film ?
Je l’ai trouvé hyper homogène, totalement assumé. Je me suis laissé
emporter. Lucky Luke est un film culotté qui ressemble à James Huth. En
tant que réalisateur, il possède la liberté, la technique et ce lien à
l’enfance qui font que le sujet lui va. Les couleurs, les décors, les
costumes sont magnifiques.
James voulait de vrais vêtements, pas des déguisements, et ce
perfectionnisme a imprégné tout le film. Je peux vous dire qu’il a
bossé : quand je le voyais courir 500 mètres à 4000 mètres d’altitude,
je pensais sincèrement qu’on allait le perdre à un moment. Mais il
fonçait quand même. James est tellement volontaire qu’il insuffle ce
même engouement à toute l’équipe, des techniciens aux mixeurs,
jusqu’aux étalonneurs. Je trouve aussi tous les comédiens parfaitement
en place : l’énergie de Michaël Youn, le flegme de Melvil Poupaud, le
côté bon camarade de Sylvie Testud, la sournoiserie de Daniel Prévost
en salaud pour enfants, et la bienveillance, le regard de vieux lion de
Jean-François Balmer. Personne ne se croit plus malin que le
personnage, il n’y a aucun cynisme. Chacun joue la partition, mais ne
se regarde jamais jouer.
Qu’est-ce qui vous passe par la tête quand James Huth vient vous voir et vous dit “et si on faisait Lucky Luke” ?
Entre “et si on faisait Lucky Luke” et “on fait Lucky Luke”, il se passe déjà trois ans. Au début, on en parle dans un café, c’est un fantasme, on se marre comme des gamins… Puis il faut le temps que la machine se mette en route, que l’on trouve le budget, les acteurs, que l’on s’accorde avec tout le monde… Quand on t’annonce finalement que le film démarre, la part de rêve cède la place au boulot. Il faut s’y mettre, se demander par où on va bien pouvoir passer pour interpréter le personnage. C’est très arrogant, même très prétentieux, de dire que l’on va “faire Lucky Luke”. De toute façon, je ne vais pas jouer Lucky Luke en jaune flashy avec un gilet noir, une bouche en coeur et les yeux plissés. Il va falloir l’adapter, se frayer un chemin vers lui, et qu’il en fasse un bout vers toi. Qui est Lucky Luke ? Un mec qui trimballe, l’élu, celui qui défend l’Ouest. Mais qu’est-ce que l’on veut dire de lui ? De là, on se met à élaborer le sujet, le scénario, on se pose des questions. Pourquoi ne s’arrête-t-il jamais ? Pourquoi ne couche-t-il jamais ? Pourquoi ne dort-il pas ? N’aimerait-il pas avoir une ferme, se poser un peu ? N’en a-t-il pas tout simplement marre de son rôle de justicier ? Au final, la vraie question derrière celles-ci était la suivante : comment peut-on l’humaniser ?
Il était indispensable de l’ancrer dans le sol, et c’est la raison pour laquelle j’ai accepté le film. Je voulais voir un Lucky Luke qui s’arrête à un moment pour poser les flingues. Car je sais au fond de moi qu’il va les reprendre. Qu’il s’agit de préliminaires, et que dès qu’il va dégainer à nouveau, ça va être énorme.
Alors oui, c’est le truc bidon à l’américaine, mais on adore tous ça. Exactement comme lorsqu’Adrian regarde Rocky et lui dit “gagne”. Tu as beau le revoir à n’importe quel âge, tu pleures. En tant que spectateurs, on a tous été élevés à ça.
Quel est votre rapport à la BD Lucky Luke ?
Chez vous, chez un cousin, dans les toilettes de votre marraine, dans des vieux placards de vieilles maisons de campagne, il y a toujours un vieux “Lucky Luke” qui traîne, souvent à côté d’un vieux Tintin ou d’un “Astérix”. Parmi ces trois BD, “Lucky Luke” a toujours été celle qui me touchait le plus.
Le dessin de “Tintin” était trop minimaliste, je le trouvais vraiment trop asexué… Je ne suis pas en train de déshabiller l’un pour habiller l’autre, mais “Lucky Luke” était le seul “héros” pour moi. Enfant, j’adorais les héros, à la télé, au cinéma, et “Lucky Luke” était mon héros de BD. “Johan et Pirlouit” ou “Achille Talon” ne faisaient pas le poids… Lui, c’était un cowboy. Un cowboy français. Déjà, c’est absurde. Donc c’est bien. Incarner “Lucky Luke”, c’est aussi cette chance de pouvoir jouer au cowboy. Comme l’agent secret d’”OSS 117”, ça fait partie de la palette qu’il faut un jour explorer. Ce n’est pas un danger, c’est un cadeau.
Il y a quand même un risque à se frotter à un personnage aussi iconique…
C’est une adaptation de BD, donc le projet idéal pour que l’on nous tape dessus. Ce n’est pas une raison pour ne pas le faire. Nous avons pris des libertés avec le personnage, évidemment, mais je pense l’avoir respecté : il est loyal, intègre, mutique, parfois sombre. Un peu glandu, aussi, face à l’amour qu’il ne connaît pas bien.
Je n’ai jamais douté d’être “Lucky Luke”. C’est très prétentieux de dire ça, mais je savais que je pourrais incarner ce personnage. Lui apporter quelque chose, le “sexuer”, en faire un héros de cinéma. Je reste persuadé que si un rôle te fait peur, c’est suspect. Ca veut dire que tu te soucies trop du regard extérieur, que tu deviens parano. Il ne faut pas se soucier de ce qu’on va penser de toi. Il n’y a qu’une seule question à se poser : que veux-tu faire au fond ? Partir quatre mois en Argentine te prendre pour un cow-boy ?
Alors fais-le. Grâce à Lucky Luke, j’avais cette caution du western. Western camembert, peut être, mais western quand même.
Le tournage vous a emmené quatre mois en Argentine…
Je suis arrivé une semaine plus tôt à Buenos Aires afin de rencontrer l’équipe, visiter les ateliers de confection, faire des essais de costumes… J’ai découvert des Argentins super motivés, avec un rythme assez différent du nôtre puisqu’ils se couchent très tard et font la bringue. Les matins étaient donc un peu durs pour eux, mais un enthousiasme incroyable régnait sur le plateau, jusqu’aux figurants. Je crois que tout le monde était ravi de faire un western.
Dès le premier jour, nous sommes partis dans un désert de sel à 4000 mètres d’altitude, ce qui n’a pas forcément été très facile. Il a fallu le temps que tout le monde se comprenne, vu que l’on parlait anglais, espagnol, et français sur le tournage. La luminosité était aveuglante, on manquait de souffle, les chevaux avaient peur… Mais dès le lendemain, nous étions lancés. Et on ne pouvait pas se permettre de ralentir : trois jours dans les montagnes, trois jours à Cachi, et ainsi de suite… La moindre tempête aurait tout décalé, mais nous avons accumulé les coups de chance. On est passé entre les bourrasques.
J’ai vécu de vrais moments de bonheur sur ce tournage. On a pris un grand plaisir de jeu avec Alexandra, contents de se retrouver à l’écran dans un cadre et un rythme complètement différents d’”Un gars, une fille”.
Je me souviens aussi de ces plans séquences avec Sylvie à cheval au milieu des cactus, des crises de rire avec Michaël Youn qui me faisait marrer avec sa petite voix de sale gosse. Il a fait un super travail de voix, de gueule, et d’intention. Je le trouve très menaçant, parfois, quand il me dit “tu m’as volé ma jeunesse, Luke, je vais maintenant te voler ta vieillesse”. Il est complètement en place, c’est l’acteur qu’il fallait pour le rôle. J’ai fait une belle rencontre avec Melvil Poupaud, aussi. Il vient d’un univers assez éloigné du mien, des films d’Ozon, de Rohmer… Mais il était comme un môme, super drôle, très content d’être là. Testud, c’est un pote né, il suffit de deux minutes pour devenir copain avec elle. Balmer, de son côté, est l’hédoniste qui savoure tout. Il est dans un bled paumé en Argentine où transitent les poids lourds, à 3500 mètres, et il s’en fiche. Il part, très philosophe, regarder les collines, s’embarquait dans de ces trucs… Il pouvait rester une heure devant une fourmilière et trouver ça fantastique. J’aimerais qu’il m’apprenne son secret. C’est peut être l’âge, le métier. Ou la Suisse…
Ce fantasme de gosse, “jouer au cow-boy”, s’est-il pleinement réalisé ?
Tout le temps. Quand, pour te préparer au duel, tu demandes que l’on te mette la musique sur le plateau celle de “Mon nom est personne”, évidemment, c’est du pur plaisir de môme. Comme lorsque je marche au bord de la piscine dans OSS 117 et que j’avais demandé à ce que l’on joue la musique du “Magnifique” sur le tournage. Un autre plaisir était d’arriver dans le décor de Daisy Town, et d’arpenter les rues d’une vraie ville de cow-boys. Je regardais les détails comme un enfant, je n’en revenais pas que ce soit du faux. C’est pour cela que l’on fait du cinéma : pour y croire. Et là, j’y croyais totalement.
La préparation physique a-t-elle été compliquée ?
Non. Je suis arrivé chez l’entraîneur équestre Mario Luraschi, je suis monté sur un cheval et il m’a dit “ok, tu ne sais rien faire”. Il a alors ajouté que l’on partait pour 15 ou 20 heures de tape-cul.
J’ai travaillé les bases, appris à longer le cheval, regarder le cheval, comprendre le cheval, me pencher à gauche, à droite, à fermer les yeux, lâcher la bride. Que ce soit au pas, au trot, ou au galop, Mario voulait que j’oublie totalement ce que j’avais en dessous de moi. J’avais envie d’apprendre à monter, et il était important que je le fasse pour le confort du tournage. Il m’a dit : “je ne vais pas t’apprendre à monter à cheval, car nous n’avons pas le temps, je vais t’apprendre à être un cow-boy”.
J’ai trouvé ça assez malin. Il me disait également “ce cheval est à la fac, mais toi tu es à la maternelle. Il sait qu’il a un nul au-dessus de lui, donc il va te tester.” Il fallait que je reste droit, que j’apprenne à le tenir. Une fois que tu as réussi, c’est génial. Tu fais complètement corps avec la bête.
Qu’avez-vous ressenti en enfilant le costume de Lucky Luke pour la première fois ?
Mes jambes se sont naturellement arquées, c’était marrant. Je me suis regardé, et j’ai eu la sensation que ça allait marcher. Que je pouvais être un cowboy, et pourquoi pas Lucky Luke. Le costume peut aussi être une tannée. Lucky Luke chausse quand même du 54, avec des talons très hauts. Le flingue est un peu lourd, le chapeau s’envole avec les 200 km/h de vent qui soufflaient en permanence en Argentine.
Ca ne se voit pas à l’image, mais quand je fais du ski nautique au début du film, l’eau est à cinq degrés et le vent souffle à 180 km/h. On était vraiment pris dans les éléments, ce n’était pas La Mer de sable à Ermenonville.
Dernière question : on note quelques absents dans le film, comme Les Dalton ou Rantanplan. Pourquoi ?
C’est une question que l’on nous pose souvent. Mais les Dalton, au même titre que Rantanplan, n'étaient pas présents dans tous les albums de Lucky Luke. Il y avait plein d’autres personnages à inviter, comme Jesse James ou Pat Poker. Et le film s’appelle Lucky Luke. Il raconte l’histoire de cet homme.
29-09-09 | 8 commentaires

Commentaires
coucou j'habite a coté de st dizier et j'ai pu vous voir jean et james et j'ai trouver le film super jean a un role super il fait trop lire g bien rigoler !!!! Jean le chameau tu le fait super jai été morte de rire bisou et bonne continuation!!!!
J'ignorais que Balmer était Suisse. Comme quoi, c'est pas impossible de devenir acteur en étant Suisse.. (:
Que le pasa a dujardin con la comida argentina? no me gusto para nada el tonito en canal plus... la proxima dujardin llevate preparada la merienda!!!! no te gusto el asado?? Dommage! Lo que te perdes. y viva la siestaaaaa!!!!
Coucou ^^ je vous adore jean et alex . jabite a Cannes ^^ . il a laire detre tro bien le film normalement je vais le voir bientot et jai tro hate . Bisous a vous jvous aime . Une Grande Fan !!
Salut j'ai vue le film avec des amis le moment ou sa nous a tous marqué c'était le ème trou du cul dans l'épaule vraiment un très bon film continue comme sa.
Bonjour,j'ai été voir le filù 2 fois et il était super,et j'aimerait savoir le titre de la musique qui est au debut quand il est dans le desert apres avoir quitté ses parents
FILM GENIAL, ACTEUR GENIAL, EFFETS SPECIAUX GEANTS (ENFIN PAS SEULEMENT DES EFFETS NUMERISES MAIS DU SILICONE ET DU MAQUILLAGE COMME AVANT ! ). BRAVO
slt tt le monde
je vous souhaite la belle vie
et des meilleures voeux