LE FIGARO. - Quel était le plus gros défi pour l'adaptation de cette BD culte à l'écran ?

Le but, évidemment, était de donner vie à Lucky Luke. Avec un tel costume, jaune, bleu, rouge et noir, il faut vraiment assurer pour incarner un cowboy crédible sans que cela vire à la farce totale. C'est pour cela qu'à l'écran, les vêtements de Lucky Luke ont une patine, une matière qui suggère que l'homme a une histoire. Nous en avons fait un véritable héros. En nous posant une question centrale : qui est Lucky Luke ? Pourquoi ne tue-t-il personne ?

Sauf dans le premier album…Exact. Et c'est ce qui est intéressant. On ne sait rien des origines de ce « lonesome cowboy ». En relisant toutes les BD, méthodiquement, j'ai appris des bribes de sa vie. C'est avec ces petits fils éparpillés dans l'œuvre que nous avons tricoté la trame du film.

Comment vous êtes-vous retrouvé sur cet énorme projet ?

Quand Brigitte Maccioni, la directrice générale d'UGC, m'a posée la question : « Voudrais-tu faire Lucky Luke en Argentine avec Jean Dujardin ? » j'ai répondu évidemment « Oui ! », sans réfléchir. Ensuite, je me suis rendu compte de l'immense défi que représentait l'adaptation de Lucky Luke au cinéma. Terence Hill l'avait déjà fait dans les années 80. Sans aucun succès. Il s'était contenté d'insérer son personnage de Trinidad dans les bottes du cow boy. Mais l'esprit des albums de Morris et Goscinny n'y était pas !

Dans votre film, comment définissez-vous Lucky Luke ?

C'est un cowboy franco-belge, qui parle français sans que personne ne s'en offusque. Morris et Goscinny ont réussi à développer leur univers propre, une façon de revoir et corriger le western à leur façon. En y mêlant de la comédie, de l'aventure et c'est ce mélange unique qui nous intéressait. Lucky Luke est une sorte de Lorenzaccio solitaire. Un personnage qui s'éloigne dans le soleil couchant, condamné à être un héros, à défendre la veuve et l'opprimé. Il se bat tout seul contre l'injustice. Il y a une démesure dans le personnage, qui s'accompagne d'un fort potentiel de séduction. Sous son stetson blanc, son regard intense et ténébreux brille sous la mèche noire. C'est une sorte de héros qui n'existe que dans les contes de fée.

Comment Jean Dujardin s'est-il glissé dans la peau du « lonesome cowboy » ?

C'était un vrai défi pour lui d'incarner un tel personnage mythique. Il a été formidable. Il a appris à monter à cheval très vite. Dans le film, c'est lui toutes les prises. Même quand le cheval arrive au triple galop. Il est devenu un incroyable cavalier. Il a pris son rôle très à coeur. Dans chacun des plans, il est totalement Luke, un héros droit dans ses bottes, à la fois solaire et ténébreux.

Comment définiriez-vous ce film ?

Je crois avoir réalisé une comédie western d'aventure. Mon modèle absolu étant « Mon nom est personne», le célèbre film produit par Sergio Leone, avec Henry Fonda et Terence Hill.

Article LeFigaro.fr du 19 juin 2009, par Olivier Delcroix.
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